14.06.2007

Fais voir

Allez montre-moi. Même pas cap tu es, j’en suis sûr. Allez vas-y emmène-moi. Fais-moi voir un peu. Je t’assure que je ne me moquerais pas. Je vais juste rester là à te regarder, oui j’attends la suite si t’appelles ça un début. Mais non c’est pas méchant, je ne suis pas un méchant. C’est ça justement mon problème, j’en suis pas un. De méchant.

Alors tu viens ? Tu t’avances un peu là ? C’est quoi ton jeu ? Ta chanson, ton texte, ta réplique. Allez, fais y voir un peu, fais y voir un peu ce qu’il y a dans tes tripes, fais y voir à mon pauvre ennui ce que t’es encore capable de donner. N’en gardes pas s’il en reste, vas y crache, ne joue pas la paresse, fends toi d’un bis, d’un rab, d’un surplus. Je t’attends regarde, je t’attends.

Je t’attends.

 

J’en veux plus.6fb6a84949b8d9b1d43c0f780448a3df.jpg

 

 

 

 

 

22.10.2006

(...)

Bonjour (ou bonsoir) à tout le monde.

Voilà, après quelques mois d'activité, j'ai mis en ligne sur ce blog pas mal de textes et nouvelles. Toujours le même thème, la même rengaine.

Pour l'heure je n'ai plus trop envie d'écrire, ça reviendra surement mais pour le moment je stoppe un peu.

Je ne ferme pas ce blog, peut être que d'autres découvriront ces textes et auront envie de me laisser des petits mots, et puis moi même je passerai à l'occasion. De plus Oggre m'a dit que beaucoup de ses visiteurs passaient par ici, c'est donc une route que je ne veux pas couper.

 A bientôt donc et surtout, prenez soin de vous.

20.10.2006

Je ne peux pas : Fin.

6. Ne pas flancher

 

 

 

Tout s’enchaîne bizarrement. Je regarde les événements comme à l’extérieur de moi.

 

Le serveur enlève les verres vides, Lucie s’excuse comme convenu, Isabelle lui tombe dans les bras. J’imagine que l’alcool l’aide, je ne sais pas. En tout cas elles se promettent de se revoir bientôt. Mais bien sûr, il ne manquait plus que ça. En même temps je serais mal inspiré de les cacher l’une à l’autre. Maintenant c’est trop tard et c’est ce que je voulais.

 

 

Lucie m’embrasse sur les joues et s’en va.

 

 

Je ne me retourne pas pour la regarder partir. Non. Je ne fais pas ça. Je reste assis mon verre à la main et je ferme les yeux un instant. Juste un instant. Un instant de silence pour me fondre en une flèche qui trace un chemin vers elle. J’essaie d’entendre le claquement sec de ses talons qui s’éloignent sur le pavé où une foule est attablée. Cela peut paraître vain mais je suis sûr de moi. Je l’entends. J’imagine que je vole, que je fends l’air, je ne suis plus un homme mais du vent, un vent complice qui l’accompagne, s’engouffre dans ses cheveux, entoure son corps et la protége jusqu’à chez elle.

 

Je me prends à rêver que ce monde n’est pas le même, que la réalité change et que je me lève, je cours, bouscule les gens, évite les tables, je cours jusqu’à elle, et je la prends, je la soulève dans mes bras devant leurs yeux, et je la serre fort mon nez dans ses cheveux, son corps dépendant du mien, ses pieds ne touchent plus le sol, j’entends son souffle dans mon oreille, une sorte de rire étouffé, une joie profonde, et je le repose doucement, mes mains sur sa taille et je l’embrasse fort, sur la bouche, à pleine lèvres, passionnément, en la serrant comme un fou. Oui comme dans les films avec les gens qui regardent autour et au moment ou je l’embrasse le mieux tout le monde applaudit, la place clame notre amour, Elle est belle enfin révélé, ma Lucie enfin aimée, celle que je peux enfin nommer, et nous sommes heureux…

 

Il faut le trouver ce monde où personne ne saura, c’est avec elle que je veux être, j’en suis sûr, on cherchera. Il faudrait qu’on parte loin c’est ça la solution. Il faut que l’on s’en aille, qu’on parte vivre notre passion. Je l’aime tellement, mais qu’est ce que je fous là !

 

 

- Tout va bien ?

 

 

C’est vrai Isabelle est là.

 

J’ai un sursaut, léger, et je lui souris. Je reviens à ma place. Je passe ma main dans mes cheveux, les ébouriffe en me grattant le crâne. Je reprends mes esprits.

 

 

- Oui tout va bien, Allons y.

 

18.10.2006

Je ne peux pas (14)

Lucie

 

 

 

Il va partir alors. Il va me laisser. C’est ça ? Je suis prête à l’accepter. J’ai fait mon devoir, rempli mon office. Ça me fait un peu sourire d’ailleurs, au milieu de l’eau de mes joues, ça me fait sourire, je nous trouve idiots.

 

Je nous trouve tristes, décevants, pitoyables.

 

 

Je n’ai pas le droit. De rien. Je n’ai le droit de rien. Je leur ai sourit, ravalé ma souffrance et je suis partie. C’est complètement stupide et plus je me sens stupide plus je me sens mal, je me sens tellement bête d’en être arrivé là, pourquoi ce soir est ce plus dur ? Pourquoi je ressens ces choses là ?

 

 

Ce soir quelque chose s’est passé. D’être présentée ainsi, d’avoir passé ce temps avec eux. Je me suis sentie dépossédée. J’ai compris que j’étais de trop. Et là seule dans la nuit j’espère quand même et malgré tout qu’il aura le courage d’aller jusqu’au bout. Même si je sais qu’il a envie de moi il faut qu’il m’oublie, qu’il essaie, rien qu’une fois.

 

 

Pour moi ce n’est pas grave, je sais que je vais m’en sortir. Depuis le temps que j’aimerais m’en séparer un peu, qu’on oublie ce désir qui nous ronge et nous empêche d’être heureux. Personne ne veut d’un amour comme le notre, même pas nous, nous n’y arrivons pas. Et bien soit, qu’il me laisse, Je trouverais d’autres bras. J’en trouverai un qui m’aimera pour ce que je suis, un pour qui je serai belle, et qui me présentera à ses amis. Qui m’aimera au grand jour, notre histoire pourra être avouée, j’ai besoin de vivre une histoire dans laquelle je ne serais pas cachée.

 

 

Ce n’est pas possible un amour comme ça. C’est bon merci, je le savais déjà.

 

 

Mais pourquoi est ce si dur de ne plus l’aimer…

 

17.10.2006

Je ne peux pas (13)

- Il est donc temps que je parte c’est ça ?

 

- Pourquoi tu dis ça ?

 

- Ne joue pas à ça s’il te plait, tu n’as qu’à me le demander, de toute façon je commence à me sentir gênée, dès qu’elle revient je lui dit qu’il faut que je rentre chez moi, que je suis fatiguée, qu’il est tard, on fait comme ça ?

 

- Je t’aime tu sais, et merci pour ce soir.

 

- Je t’aime aussi petit frère, je te souhaite de bien te l’envoyer…

 

- Commence pas …

 

- Ah mais non ne t’inquiètes pas, je ne poserais aucun problème mais dès demain je sais que tu seras dans mes bras

 

- Pourquoi tu le prends comme ça…

 

- Je le prends comme je veux et tu n’as rien à dire, des histoires d’amour j’en ai loupées et pas des pires, juste parce tu avais envie de moi… Alors je t’en prie, Isabelle ou une autre, aucune ne t’éloignera de moi ! Tu me le dois par amour et par respect. Offre moi donc ce que tu as toujours exigé.

 

- En somme je peux l’avoir mais je ne peux lui être fidèle…

 

- Mais m’aimer mon amour, est ce qu’il y a de plus naturel. Ne parle pas d’infidélité là ou il n’y a que du beau. Sache que pour ce qui nous lie il n’y a pas de mots.

 

- Si il y en a un, et tu le sais aussi bien que moi.

 

 

Un temps. Elle reste interdite. Elle me regarde et semble désemparée. Je l’aurais giflée que ça ne l’aurait pas plus surprise, pas plus désarçonnée. Dans un souffle elle reprend.

 

 

 

- Ne viens pas te faire moralisateur je t’en prie, je ne le supporterai pas, pas toi. Il n’y a pas de mots pour nous, rien qui puisse nous décrire, nous nommer. Nous sommes inclassable que veux tu, personne ne saurait nous ranger. Nous deux ne passons après rien, nous sommes au dessus de tout, au dessus d’elle aussi comme de n’importe qui. Tu veux des mots qui font peur ? Tu veux faire de nous des monstres ? Mais pour qui nous prends-tu donc ? Sois un peu sérieux, pose toi un instant, regarde moi bien, et dis moi… Tu pourrais te passer de moi ?

 

 

Je pourrais la toucher sans même m’en rendre compte, son corps est une extension du mien, un prolongement, une source, c’est tellement facile et tellement bien. Quand elle est près de moi et que le monde nous ignore mes lèvres sont sur elle, sans que j’en aie conscience.

 

On ne peut pas parler de contrôle dans ces cas là, je vous parle d’un geste naturel, d’une manie, d’une habitude sereine qui m’emplit de joie. Dès que je suis près d’elle, je la sais tout à moi, et je ne pense plus, je suis bien, je suis là.

 

Alors oui il y a toujours un moment où l’on sent que l’on pourrait s’interrompre. Mais en aurais-je l’envie ? Quand mes mains seront sur elles, car je ne les surveillerais pas, pourrais-je m’empêcher d’aller plus loin que ça ?

 

 

C’est cette familiarité entre nous, cette intimité, ce désir infini qui nous empêche de nous décoller, d’aller vivre nos vies…. Avec d’autres.

 

 

Et bien je ne serais pas fidèle à cette fille avec qui tout avait si bien commencé. Soit ? Soit. Et puis non je ne sais pas. Je n’en sais rien là, je fatigue, j’en ai assez, il faudra y réfléchir, je veux me coucher…. Contre Elle.

 

15.10.2006

Je ne peux pas : amorcer la séparation.

 

 

 

Elle revient. Belle et fière, yeux qui pétillent. Elle se rassoit face à nous, je la regarde, elle prend son verre et sourit. Que son sourire est dur malgré la douceur de tout le reste.

 

Je sais qu’elle nous a vu. Et bien ? Ce n’est pas grave non ? Elle doit bien s’en douter qu’ils nous arrivent de nous embrasser.

 

 

Et quoi ? Je voulais juste m’approcher, toucher sa peau, un peu la frôler, sentir son parfum, en avoir un autre dans mes pensées. J’aurai voulu que l’odeur de sa peau me fasse chavirer.

 

Rien de tout ça. Je n’ai rien senti, ça ne m’a rien fait.

 

Soit.

 

Ce n’est pas grave, ça va passer. Ça ne remet rien en cause, cette fille est belle et touchante, j’ai adoré qu’elle ose me prendre de cette façon là, cette manière de me dire « tu es à moi ».

 

C’est joli en somme, elles veulent toutes en arriver là, se dire c’est mon homme, il n’est bien qu’à moi !

 

Elles ont toutes la même volonté, le même désir, celui de posséder. Etre sûre d’être la plus belle, la plus désirable, l’amoureuse incontestée et une fois qu’elle nous ont à leur pieds on perd tout notre intérêt.

 

C’est comme ça. Et je m’en moque à chaque fois. Je suis bien, je suis protégé, je n’appartiens qu’à une seule femme qui se moque de savoir si c’est toujours que je l’aimerais, elle s’en moque car elle le sait. C’est tout. Je n’appartiens qu’à une seule femme qui ne m’appartiendra jamais vraiment. On se protège comme on peut, on s’en sort bien finalement.

 

 

Alors quand une autre pose ses mains sur moi avec des yeux de conquérante, prête à dévorer la lune et à m’arracher le cœur, je me laisse faire docilement, en souriant, petit garçon indolent, et je me dis « ma pauvre, si tu savais seulement… »

 

 

Se reprendre, ne pas se laisser distraire ou emporter. Ce soir la fille que j’ai rencontrée doit avoir une place privilégiée.

 

 

Ma tendresse, mon cœur, laisse moi me laisser porter, part maintenant, tout cela a trop duré. C’est bon c’est fait tu la connais maintenant, voilà. C’est tout ce que je voulais, que tu sois juste un peu là.

 

Et que tu m’aides un peu, c’est vrai, mais ça aussi tu l’as fait, ta présence l’a rendue forte, je sens qu’elle va se laisser aller, glisser doucement vers moi, qu’elle va venir en confiance, pleine d’amour, laisse là venir à moi. Pars maintenant, lis le dans mon regard, je t’en prie, comprends moi.

 

 

Elle me regarde.

 

 

La fille que j’ai embrassée se lève,

 

Je me sens désemparé.

 

11.10.2006

Je ne peux pas : L'inconnu.

Elle porte une jupe fluide, légère et ample. Tissu orangée et sensible, caresse et promesse contre ses jambes. Ça flotte, ça remue, ça danse doucement, sur ses genoux, sur sa peau nue.

 

Sa peau semble si douce, peau de satin tout juste ambrée. Son parfum je l’imagine. J’aimerais bien m’en approcher.

 

Je ne veux pas encore voir son visage, je me le réserve pour la fin. Pour l’heure tant de choses à observer, à toucher des yeux, à pénétrer du regard.

 

J’aime bien ça.

 

A la finesse de ses chevilles j’imagine une silhouette plutôt menue, à ses jambes que je crois longues je la devine plutôt grande, à la couleur de sa peau je la vois déjà brune, avec des cheveux longs s’il vous plait, longs et lisses, en cascade ou relevés sur sa nuque….

 

Elle est perchée sur ses sandales à fines lanières et talons hauts. Des pieds petits, si jolis….

 

Je souris et soupire de contentement, le menton appuyé sur ma main. Je la regarde encore et me sens prêt à la découvrir, lentement, il faut profiter de ce moment. Il est unique à chaque fois, avec chaque femme que l’on épie. Je veux finir sur ses yeux, dernier rempart, ultime territoire, unique secret.

 

 

Je remonte légèrement, m’attarde sur…

 

 

Mais des gens la bousculent ! Rien de méchant, c’est juste qu’elle est au milieu du passage, contre la vitre, devant la terrasse du café. Mais qu’est ce qu’elle fait ?

 

Elle est debout et interdite, et je prends conscience de son attitude tendue, tendue vers quelque chose à l’extérieur. Avant même de chercher à terminer ma découverte je me tourne pour m’informer de la situation.

 

 

Des tables dehors, des gens assis, toute sorte, tout acabit, et bien sûr ce que je comprends être la cause de l’arrêt de mon élue, un couple, à une table, un couple seul, lui sur elle penché, elle sur lui dans un baiser.

 

 

Est-ce son homme ? Est-ce une envie ? Est-elle jalouse ? Qu’est ce qu’elle se dit ?

 

 

Je fixe son visage pour essayer de comprendre ce qui lui passe par la tête. Elle les regarde c’est bien eux. Ses yeux sont durs, c’est son expression qui fait ça, durs et tristes, et pourtant tant de douceur émane de son visage. Mais je ne cherche plus à m’en emparer, je la regarde inquiet car je sens qu’elle se plie un peu à l’intérieur. Quelque chose se courbe, se fend, se morcelle dans son coeur. Ce que je lis dans ses yeux ne se remarque pas vraiment, son corps jeune et fier se tient droit, personne ne lit le drame qui se joue là.

 

 

Mon regard insistant, j’ai un peu mal pour elle. Curieusement, elle a du me sentir, elle tourne la tête vers moi. Ses yeux plongent dans les miens. Elle a un regard pur, sans détour, droit lui aussi.

 

Bien vite elle me sourit après un instant de tristesse. Elle me sait son spectateur, son allié, son compagnon de détresse.

 

Personne d’autre que moi ne l’a vu ce moment là, toute la beauté et la fragilité d’une inconnue en un instant de sa vie. Je ne saurais jamais ce qui s’est joué entre les personnages de cette scène là, mais je sais que le sourire que je lui ai rendu, offert en échange du sien, lui a permis de reprendre son souffle et de rester fière et belle pour affronter dehors la suite de sa vie.

 

 

C’est ainsi.

 

08.10.2006

Je ne peux pas (10)

 

Isabelle

 

 

 

C’est fou je me sens bien. C’est drôle ce sentiment. Elle est drôle, un peu loufoque, elle me met à l’aise, me fait rire. Je suis heureuse de le sentir se détendre à côté de moi, j’ai attrapé sa main, nos doigts se sont mêlés, et je suis bien. Je suis satisfaite d’avoir osé, sa main dans la mienne… Je ne suis pas prude, niaise ou timorée mais jusqu’à présent je le laissais venir à moi.

 

J’attendais.

 

Et là sans réfléchir ce geste que j’ai eu pour lui me fait comprendre que c’est peut être le mien. Mon homme. Je ne sais pas, je crois. Comme si c’était le mien en tout cas.

 

Elle boit beaucoup elle aussi, comme lui, mais elle, elle parle en même temps, lui se tait. Il l’écoute. Nous l’écoutons. Et nous rions, tout les trois.

 

Et il me regarde. Je ne sais pas pourquoi mais ce regard me bouleverse tout à coup, c’est un regard chaud, pénétrant, il cherche quelque chose en moi, il dépose dans ma tête un message avec ses yeux, je me sens belle, importante, femme, enfin sereine.

 

 

Elle se lève en s’excusant. Elle nous laisse un instant et il en profite pour se pencher sur moi. Il approche ses lèvres de mon cou, me fait frissonner avec le bout de sa langue. Je souris. Il attrape mon menton et tourne mon visage vers lui. Ses yeux sont tout à moi, je me vois en lui.

 

Je n’attends pas comme une adolescente, je ne suis pas à sa merci, je sais ce que je veux et je me sens tellement bien, je suis femme et cet homme est le mien. De mes deux mains j’encadre son visage et j’embrasse sa bouche tendrement. Un baiser tendre puis gourmand, j’ai envie d’un baiser long, passionné, suffocant. Je vais l’avaler tout rond. C’est moi qui l’embrasse et c’est bien, et c’est bon.

 

 

Un soupir d’aise, nous reculons. Il me regarde amusé, une connivence dans son regard, ce soir est à nous, nous allons en profiter.

 

05.10.2006

Je ne peux pas (9)

Lucie


On m’a souvent reproché de parler pour ne rien dire. Ce n’est pas tant que je ne dis rien mais plutôt que j’en dis trop. Beaucoup trop. Et si à cela vous ajoutez quelques verres de bière je suis perdue. Je raconte ma vie, invente des histoires au moindre détail qui se présente, au moindre prétexte, je pose des questions, indiscrètes de préférence…
Y’en a que ça peut mettre mal à l’aise mais la plupart du temps, heureusement pour moi, ça passe plutôt bien. A part quelques fois. J’ai eu un homme une fois qui n’aimait pas ça. Il me regardait du coin de l’œil lorsque je parlais, style je te surveille attention à ce que tu vas raconter, et ça, ça me paralysait, et j’en disais encore plus, des âneries.
Je n’étais pas très à l’aise avec ce gars, c’est vrai. Mais quand même, qu’est ce que j’ai pu l’aimer. Il était beau ! Mais qu’est ce qu’il était beau, et costaud avec ça, il suffisait qu’il me prenne dans ses bras pour que la terre s’arrête de tourner, dans ma tête, pour que tout reprenne une place correcte, et au fond c’est dans ses moments là que je n’avais plus besoin de parler. Parce que, si je parle tant c’est surtout pour meubler le silence, je me débats pour qu’on me voie, j’ai tellement peur parfois que l’on me noie… Que l’on m’ensevelisse sous l’indifférence et le mépris. Ça je ne le supporte pas.
Et cet homme là était comme un énorme rocher contre la noyade sans que j’aie besoin d’ouvrir la bouche. Tous autant qu’ils sont ils pouvaient bien ne pas me regarder je n’avais plus envie de parler. Et pour cela il suffisait qu’il me prenne dans ses bras.
Quand il se contentait de me regarder du coin de l’œil, en biais, là par contre je sombrais, j’avais l’impression qu’il rejoignait la horde, enflait les rangs de ceux qui ne m’aiment pas. Je ne sais pas s’ils existent vraiment, ceux qui ne m’aiment pas, et je m’en moque, mais je ne veux pas les voir, ça me blesse.
Antoine ne l’aimait pas cet homme là. Il disait qu’il n’était pas fait pour moi parce qu’il ne comprenait pas la chance qu’il avait.
Parce qu’il ne me comprenait pas moi, en tout cas c’est ce qu’il disait.
J’avais essayé de lui expliquer, avec mes mots, cette histoire de quand il me prenait dans ses bras, cet homme là, qu’un truc pareil ça valait le coup de le vivre, que je pouvais peut être essayer… Mais Antoine a toujours su si bien s’imposer. Sans violence, toujours en douceur, il se glisse à mes côtés, son bras me frôle et déjà je sais, je sais que je suis toute à lui.
C’est comme ça que ça a du s’arrêter avec cet homme qui savait si bien me protéger. J’ai essayé d’être à un autre et mon corps refusait cette exclusivité. Mon corps sait vers qui se tourner. C’est ainsi.
Quand j’y pense ça se bloque un peu à l’intérieur. Parce que bien que sévère il en voulait plein des jolies choses avec moi cet homme là. Mais ça Antoine ne le comprenait pas.
Alors je suis là, encore et toujours, je suis là pour lui parce qu’il a besoin de moi, et je ne sais pas où tout ça nous mènera. Pour dire un peu la vérité, je n’y pense pas. Je refuse d’y réfléchir, de me poser des questions. Je suis en alerte, je vis et réagis à l’instant, en fonction de lui. Je ne sais pas pourquoi je fais tout ça si ce n’est pour lui.
Allez, il faut que j’arrête d’y penser que je me concentre un peu sur ce que je fais. Une heure que je cause à cette fille qu’il a rencontrée. J’ai l’air de la passionner. Ce genre d’attitude ne peut qu’attirer ma sympathie à partir du moment que l’intérêt n’est pas feint. Et ce genre de choses je les sens d’aussi loin qu’elles peuvent arriver.
Elle me regarde et je ne me demande pas trop ce qu’il y a derrière ses yeux, je me retiens de chercher ce qui peut l’attirer en elle sinon je ne pourrais pas continuer, je ne pourrais pas rester souriante et agréable, je ne pourrais pas lui sourire et lui raconter des histoires pour qu’elle me sourie aussi.
Elle ne le regarde pas, elle tourne seulement ses yeux vers lui par moments pour trouver un écho à ce que je dis dans ses yeux à lui. Elle cherche à toucher notre complicité, elle cherche à le connaître en m’écoutant parler.
Il me regarde je le sais. Moi je ne le regarde pas. Ça ne servirait qu’à me déstabiliser, qu’à me faire perdre pied, je commence à me sentir fébrile, mais ce n’est pas grave, ce n’est rien, ça va passer.

Et quand même, cette fille là semble m’apprécier. Soit. Pour lui je peux tout essayer. Il me dit qu’il doit l’aimer.

J’en pleurerais… Si seulement je pouvais.

01.10.2006

Je ne peux pas (9)

 

3. Récupérer la situation

 

 

 

Je bois, je bois, je bois.

 

Je dois en être à ma quatrième bière.

 

Je bois et ça va.

 

Je ne parle pas.

 

Je la regarde parler, se dépatouiller, commencer à l’aimer.

 

Je la regarde faire et j’aime bien ça.

 

Elle est tellement sûre d’Elle. Elle sait que c’est comme ça que je la vois et Elle aime bien ça.

 

 

La fille qu’elle vient de rencontrer se laisse embrigader. Doucement. Sans s’en apercevoir.

 

La fille qu’elle est en train d’apprécier se laisse aller et montre un nouveau visage, nouvelle facette que je ne connaissais pas.

 

C’est naturel en même temps. Je ne la connais pas vraiment encore, et Elle sait toujours comment amener les gens sur des terrains qu’ils ne maîtrisent pas.

 

Je regarde la toile se tisser. Ma vorace va l’engloutir au bout du compte, et je le sais.

 

Pourquoi avoir voulu les faire se rencontrer…. Pourquoi alors que je savais, je savais que tant que je ne maîtriserais pas la situation Elle prendrait le dessus. Chercherait à me montrer que même souffrant mille morts Elle pourrait assurer. Moi je n’assure pas. Je la regarde.

 

Je la regarde bouger, ses cheveux sur ses épaules douces, ses mains qui s’agitent, son rire si gai. Je la regarde et je sais que nous ne sommes pas prêts d’y arriver.

 

 

Mais je lui laisse faire son petit tour de piste. Car malgré son talent et mon immense respect, au bout du compte, ce soir, c’est Elle qui va morfler.

 

C’est moi qui vais repartir accompagné, c’est moi qui contre ma blonde vais me coucher, oui c’est décidé ce soir il faut que j’avance d’un coup. Elle, elle va rentrer. Et Elle aura beau y faire c’est comme ça que ça va se dérouler. Sinon je suis perdu. Sinon c’est avec Elle que je vais dormir et cette fille que j’ai rencontrée deviendra importune, nous serons deux unis pour dire qu’elle est de trop, et ce sera reparti dans cette spirale infinie, se dire que l’on s’aime trop.

 

 

Je l’aime plus que tout et je sais ce que je fais. Je n’ai qu’une envie, me pencher sur Elle et l’embrasser.

 

Alors je regarde cette femme qui va se faire un chemin dans ma vie. Elle est toujours aussi jolie, belle comme la clarté, belle comme je le voudrais.

 

 

Si elle continue à la séduire, je finirai par l’aimer.

 

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